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L’association pour une alternative socio-économique mondiale
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L’avenir dira s’il était ridicule qu’une quinzaine de personnes crée cette association pour une alternative socio-économique mondiale, si cette association pouvait ou non générer une microsociété capable de jouer un rôle dans la nécessaire réorganisation des rapports entre les peuples. Je pense que l’entreprise mérite en tout état de cause d’être tentée.

L’objet de l’ASEM est de réunir toutes les personnes qui souhaitent fonder ensemble une société au sein de laquelle sont exclus les rapports de domination et les relations de pouvoir. Il est de promouvoir des activités productives pour donner aux sociétaires des moyens d’existence, en évitant que n’apparaissent entre eux des contradictions d’intérêts. Il est aussi d’instaurer de nouveau rapports sociaux et de nouveaux rapports économiques dans le cadre de l’association, qui conserve la propriété légale des moyens de production.

A cette fin, l’ASEM effectue des études de faisabilité, acquiert des moyens de production et consent des prêts aux sociétaires pour faciliter leurs investissements productifs. Les études sont réalisées par la centrale économique, organe technique dont les modalités de fonctionnement, précisées dans le règlement intérieur de l’association, sont en résumé les suivantes :

  • La centrale effectue des études générales et théoriques, en particulier l’inventaire de toutes les activités à promouvoir pour permettre à une microsociété de se reproduire indépendamment de la société environnante, en partant de l’hypothèse qu’elle est complètement isolée. Une telle étude générale et abstraite servira de canevas pour des études plus précises.
  • Lorsqu’une personne souhaite adhérer à l’ASEM en lui soumettant un projet d’investissement, la centrale étudie la faisabilité de ce projet, les conditions dans lesquelles il peut être réalisé, avec quelles conséquences pour les autres producteurs-sociétaires et pour l’entité économique qu’ils construisent ensemble. Si la conclusion est que le projet est acceptable, qu’il assure un travail et des moyens d’existence à la personne qui le propose, qu’il améliorera l’autonomie économique de l’association, elle fait un exposé résumé dudit projet qu’elle adresse avec avis favorable à tous les sociétaires qui seuls ont le pouvoir de décider s’il sera ou non réalisé. L’exposé du projet se fait par écrit. Il est publié dans le bulletin de liaison de l’association, qui paraît aussi souvent que nécessaire et au moins six fois par an. Les sociétaires qui ont l’obligation de s’abonner au bulletin, disposent d’un temps limité pour faire connaître leur décision. Au cas où ils ne l’adresseraient pas par une réponse écrite au siège de l’ASEM, ils sont réputés avoir accepté le projet. Pour que celui-ci soit adopté et que la personne qui le présente devienne membre de l’association, il faut qu’il recueille l’accord de tous les sociétaires. Cette règle de l’unanimité peut paraître surprenante. Elle est pourtant justifiée. Il faut que tous les sociétaires comprennent parfaitement et approuvent l’objectif que poursuit l’association. Par exemple, si un chômeur n’est devenu sociétaire que pour avoir un travail, il n’acceptera pas les petits sacrifices matériels que tous peuvent être appelés à consentir pour aider de nouveaux adhérents ou pour faciliter la création, dans un autre pays d’une association analogue à l’ASEM. S’il refuse ce que tous les autres acceptent, et si les arguments pour justifier son refus ne sont pas convaincants, il ne bloque pas l’action de l’association : il risque d’en être exclu. Bien entendu il se peut que le refus émane d’une forte minorité, non d’un individu isolé. En ce cas le projet est abandonné. Mais si beaucoup de projets sont ainsi refusés parce que beaucoup de sociétaires refusent de prendre en compte les intérêts d’autrui, l’association n’a plus de raison d’être. C’est sa dissolution qui doit être envisagée.
  • La centrale a un rôle de planificateur. Elle programme les activités à promouvoir et cherche les personnes susceptibles de les prendre en charge. Elle favorise la diversification de ces activités et s’assure de leur cohérence. Elle évalue les conséquences que peuvent avoir pour la collectivité les projets émanant des sociétaires et visant à modifier leur programme de production. Après avoir donné son avis aux sociétaires et avoir reçu leur réponse, elle soumet le projet avec mention des points de désaccord éventuel, à l’ensemble des sociétaires dans les mêmes conditions que les projets nouveaux. Ainsi le plan qu’elle élabore peut être à tout moment modifié à l’initiative des producteurs.
  • Après accord des sociétaires, la centrale peut réaliser des études pour le compte de tiers, dans n'importe quelle partie du monde, à la condition que l’objectif de l’étude soit identique ou analogue à celui de l’ASEM. Ces études ne doivent pas être une source de revenus. Elles sont gratuites ou facturées à prix coûtant, les techniciens associés à leur réalisation étant rétribués sur la base du salaire moyen du groupe social pour lequel ils travaillent. Il faut en effet rompre avec une pratique de l’assistance technique particulièrement choquante dans le tiers-monde. La centrale est chargée de préciser les conditions dans lesquelles l’ASEM pourrait établir des relations économiques avec d’autres collectivités poursuivant un objectif analogue au sien et organisées sur une même base démocratique. Les échanges économiques entre l’entité socio-économique que représente l’ASEM et d’autres collectivités doivent impérativement obéir aux règles et principes qui assurent la solidarité des producteurs sociétaires échangeant leurs produits.

Dès lors que nous vivons dans un pays où la terre et les instruments de production font l’objet d’un droit de propriété, l’ASEM doit trouver une formule juridique pour concilier la législation nationale et sa pratique en la matière. Les producteurs adhérents à l ‘ASEM ne sont pas propriétaires des terres agricoles et des moyens de production que celle-ci met à leur disposition ou les aide à acquérir. Ils doivent pourtant lui verser, dans les conditions et délais précisés par contrat, un montant égal au capital de production que chacun met en œuvre afin que puissent être réalisés de nouveaux investissements sans concours extérieur. Ils ne sont propriétaires que collectivement en tant que membre de l’association dont ils contribuent à accroître l’actif. A ce titre, ils peuvent décider d’ailleurs que cet actif est devenu suffisant, que les versements de chaque sociétaire peuvent être réduits ou annulés. En revanche, ils ne peuvent pas se partager l’actif de l’association, puisqu’en cas de dissolution de celle-ci l’actif doit être affecté à une ou plusieurs associations ayant pour objet, comme l’ASEM, d’œuvrer à l’amélioration des rapports entre les hommes ou entre eux et leur environnement.


Extrait de La Ligne d’Horizon, de François Partant.

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