La Décroissance
Entropie – Ecologie - Economie
Synthèse de l’ouvrage de
Nicholas Georgescu-Roegen, 1979
L’édition
Edition électronique 2004 , 221 pages, réalisée par Mme
Gemma PAQUET, bénévole, professeure à la retraite du Cégep
de Chicoutimi à partir de la deuxième édition française
(première édition aux Editions Pierre-Marcel Favre, Lausanne,
1979), parue aux Editions du Sang de la Terre, Paris, 1995.
Cette édition électronique est gratuite, mais comporte quelques
fautes de frappes.
A noter qu’il ne s’agit pas d’un livre écrit en une
fois, mais d’un recueil de textes, présenté dans un ordre
de difficulté croissante, ce qui en fait à la fois un ouvrage
grand public, accessible à tous (le vocabulaire y est bien expliqué),
et un ouvrage technique, très formalisé à certains passages,
qui satisfera les scientifiques.
Les Traducteurs
Jacques Grinevald est philosophe, enseignant à l’Université
de Genève, à l’Institut Universitaire d’études
du Développement, et à l’Ecole Polytechnique Fédérale
de Lausanne.
Ivo Rens est professeur d’Histoire des doctrines politiques à la
faculté de droit de l’Université de Genève, et rédacteur
responsable de la revue Stratégies Energétiques, Biosphère
et Société.
L’auteur
Suite à la victoire du Parti Communiste Roumain, il retourne à
Harvard et devient professeur américain. Il convient ici de noter que
sans cet évènement, Georgescu-Roegen n’aurait peut-être
pas émigré aux Etats-Unis. Lorsqu’il y était en tant
que boursier de la Fondation Rockefeller, de 1934 à 1936, on rapporte
qu’il aurait répondu à Joseph Schumpeter, qui lui avait
proposé de poursuivre leur collaboration par un ouvrage co-écrit,
que la Roumanie avait plus besoin d’un économiste que Harvard.
Il restera professeur aux Etats-Unis (en particulier à l’Université
Vanderbilt de Nashville, Tennessee) jusqu’à sa mort, le 30 Octobre
1994, tout en étant régulièrement invité à
l’étranger (notamment à Strasbourg), aussi bien dans des
pays développés qu’en développement.
De fait, cet ouvrage nous amène à une réflexion des plus
profondes. Précisons donc d’emblée qu’il n’est
pas question ici d’en faire l’analyse détaillée. En
moins de 200 pages, Georgescu-Roegen définit un nouveau paradigme, et
propose de nombreuses analyses, parfois dans un style limpide, d’autres
fois avec une terminologie très précise, décrivant des
processus très complexes. Jacques Grinevald, le chercheur qui a sans
doute le plus travaillé sur Georgescu-Roegen, explique d’ailleurs
que de nombreuses interprétations de cet ouvrage sont erronées.
Georgescu-Roegen lui-même note à plusieurs reprises dans le livre
que certaines de ses pensées ont été mal comprises.
Nous verrons donc simplement les principaux constats que fait Georgescu-Roegen,
et les conclusions qu’il en tire. Nous tenterons également de voir
s’il existe aujourd’hui une continuation de la pensée de
Nicholas Georgescu-Roegen.
De l’épistémologie mécaniste à la Bioéconomie
Les économistes dans leur grande majorité ont de tout temps aspiré
au grade de « scientifiques ». Ils voulaient, comme leurs confrères
physiciens et biologistes, découvrir les « lois de la nature ».
Mais malgré les remises en questions, par Einstein en particulier, de
la mécanique newtonienne, la science économique est encore fondée
sur l’épistémologie mécaniste (mais notons tout de
même ici que l’approche évolutionniste a bien progressée
depuis). Tout au long du livre, Georgescu-Roegen s’évertue à
nous démontrer les limites de ce paradigme, et propose de lui substituer
la Bioéconomie, fondée sur la Thermodynamique, et en particulier
la loi de l’entropie.
Dans une logique mécaniste, un système possède deux caractéristiques
essentielles.
Tout d’abord, il est clos. Cela signifie que l’on peut représenter
l’économie par un cercle, qui relie production et consommation
de manière infinie. Or cette description de l’économie,
nous dit l’auteur, est erronée car n’y apparaissent pas les
inputs du système (les ressources naturelles) et les outputs du système
(les déchets).
Cela nous amène à mieux comprendre la seconde caractéristique
: Dans l’approche mécaniste, tout est réversible. En effet,
si l’on ne distingue pas les déchets des ressources utilisables,
il n’est nul besoin de les représenter, et l’on considère
alors implicitement que l’on peut utiliser des déchets pour fabriquer
un produit, qui lorsqu’il aura terminé sa vie pourra servir de
matière première à la fabrication du même produit,
et cela sans coût. C’est donc l’équivalent de l’hypothèse
implicite de la possibilité de recyclage total, illimité, et gratuit.
L’auteur nous explique au contraire qu’au cours du processus économique,
la matière subit une transformation. Certes, « rien ne se perd,
rien ne se crée », mais « tout se transforme », comme
on le sait depuis Lavoisier, mais, surtout, cette transformation qualitative
est irréversible. Georgescu-Roegen écrit « le sort fatal
de l'épistémologie mécaniste fut scellé voici plus
d'un siècle lorsque la thermodynamique nous contraignit à prendre
en considération l'irré¬vocable irréversibilité
qui domine le monde physique au niveau macro¬scopique » (page 121).
L’analogie entre système économique et systèmes physiques
à travers les lois de la thermodynamique se poursuit avec le concept
d’entropie . Ainsi, l’auteur explique que les ressources naturelles
sont, par nature, de basse entropie, c’est-à-dire dans un état
de la matière qui fait qu’elles sont utilisables. A l’opposé,
les déchets sont en état de haute entropie, c’est-à-dire
que la désorganisation de la matière est telle qu’elle n’est
plus utilisable. Et, effectivement, il est illusoire d’espérer
faire fonctionner sa voiture avec ses propres gaz d’échappement.
Au final, le nouveau cadre d’analyse ainsi défini peut être
qualifié de Bioéconomie. Une fois n’est pas coutume, Jacques
Grinevald a résumé – dans la préface du livre - de
manière explicite la pensée de Georgescu-Roegen. Le terme de Bioéconomie
« correspond ici à l'idée que le processus économique
possède des racines biologiques et à la perspective d'une intégration
du processus économique dans la problématique de l'évolution
et du fonctionnement de la Biosphère ». En d’autres termes,
« elle relie le métabolisme industriel de la société
humaine à la biogéochimie de notre planète » .
Somme toute, cette dégradation entropique étant irréversible,
et le stock de basse entropie étant limité, nous devrions prendre
garde à son épuisement. D’autre part, l’accumulation
de haute entropie présente également des risques.
Le problème des inputs et le problème des outputs
Il existe en fait deux grandes familles de sources de basse entropie.
La première est constituée par le stock de ressources naturelles
minérales, dont on doit noter qu’elles sont, en l’absence
d’innovations technologiques, de moins en moins accessibles au fur et
à mesure de leur extraction. Ce stock est par définition épuisable
La seconde source de basse entropie est, au contraire, absolument intarissable
– à l’échelle temporelle de l’humanité
– puisqu’il s’agit du flux solaire. Il se matérialise
à travers, bien sûr, la chaleur qu’il nous apporte directement,
mais aussi par le biais des végétaux, qui en captant cette énergie,
permettent à l’homme de ponctionner son environnement sans compromettre
la survie de son espèce – du moins en retardant son extinction
puisque dans tous les cas il y a un phénomène naturel de dégradation
entropique , par exemple l’usure, l’homme ne faisant en fait que
l’aggraver de façon très significative - . On pourrait rajouter
dans cette catégorie les énergies éoliennes, marémotrice,
etc. Notons également, comme le fait l’auteur, que ces sources
sont énormes. La Tribune titrait d’ailleurs le 9 Novembre dernier
: « La biomasse, un trésor énergétique en jachère
».
Outre leur différence en terme d’épuisabilité, ces
deux sources ne nous donne pas accès à une même qualité
de basse entropie. Ainsi le flux solaire pur est difficile à transformer
en quelque chose de directement utilisable car il se présente sous une
forme très peu concentrée et donc longue et difficile à
capter, au contraire de la matière minérale ou végétale.
Georgescu-Roegen nous propose également quelques analyses très
pointues du problème des déchets. Par un diagramme de flux/fond
représentant le processus économique, il distingue deux types
d’output (autres que le « flux immatériel de joie de vivre
») : La matière dissipée et les rejordures . Seules ces
rejordures (« vieux journaux, automobiles et vêtements usés
» page 131) sont recyclables. Et encore, pas totalement, et surtout ce
n’est pas gratuit. Pour transformer de la haute entropie en basse entropie,
il faut utiliser de la basse entropie.
D’autre part, la « capacité de charge » de la planète
Terre n’est pas infinie, ce qui signifie qu’on ne peut accumuler
indéfiniment des déchets. Cette idée est aujourd’hui
largement admise, comme en témoigne la campagne publique de sensibilisation
« réduisons nos déchets. Vite, ça déborde
! ».
Enfin, l’auteur explique également qu’il est impossible de
dresser des écobilans énergétiques corrects, car ils sont
interdépendants les uns des autres, et ce serait donc un système
avec autant d’équations que de produits qu’il faudrait résoudre.
Le mirage du salut technologique
Georgescu-Roegen écrit : « Avec des savants prêchant que
la science peut éliminer toutes les limitations pesant sur l'homme et
avec des économistes leur emboîtant le pas en ne reliant pas l'analyse
du processus économique aux limitations de l'environnement matériel
de l'homme, il ne faut pas s'étonner si nul n'a réalisé
que nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles
ou des avions à réaction « meilleurs et plus grands »
sans produire aussi des déchets « meilleurs et plus grands ».
La solution la plus simple au problème de la dégradation entropique
serait la découverte d’une technologie permettant sa réversibilité
de manière totale et gratuite. Dans le même esprit, une autre solution
serait de découvrir le mouvement perpétuel.
Dans une moindre mesure, l’invention d’un instrument nous permettant
de disposer sans contrainte du flux de basse entropie solaire nous donnerait
la possibilité de diminuer notre consommation de basse entropie d’origine
minérale de telle sorte que le stock disponible ne décroisse que
lentement, suffisamment lentement pour que les générations futures
y accèdent à peu près aussi facilement que nous.
Pourtant, le salut par la technoscience est donc en trompe-l’œil,
pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, bien que E=MC², on ne peut pas toujours transformer
l’énergie en matière, ou plus précisément
certaines matières que nous consommons ne peuvent provenir que du stock
de ressources naturelles minérales.
D’autre part, il est dangereux de s’en remettre à la science
pour nous sortir de l’impasse, car les avancées de celles-ci sont
aléatoires. On ne peut pas savoir si, même en investissant de lourdes
sommes, les physiciens inventeront un jour le moyen de disposer de basse entropie
de manière illimitée. Georgescu-Roegen explique que depuis que
l’homme existe, il n’a réalisée que deux innovations
majeures : la feu et la machine à vapeur, Prométhée I et
II. Et, pour lui, « personne ne peut être sûr que Prométhée
III arrivera ».
Cela nous amène à une réflexion très profonde sur
la nature de la science. Si la fuite en avant est de nature stochastique, elle
est extrêmement dangereuse pour la survie de notre espèce. «
Les progrès technologiques trop vantés et vendus à notre
époque ne de¬vraient pas nous aveugler. Du point de vue de l'économie
des ressources terrestres - base du mode de vie industriel de l'humanité
- la plupart des inno¬vations représentent un gaspillage de basse
entropie. », page 133.
Il y a ici deux éléments importants. D’une part les innovations
ne seraient pas toujours, ceteris paribus, rentables en termes de basse entropie,
c’est-à-dire que les économies de basse entropie qu’elles
permettent de réaliser sont inférieures à la quantité
de basse entropie qu’il a fallu mettre en œuvre pour produire ces
innovations. De plus, le raisonnement « toutes choses égales par
ailleurs » nous induit en erreur, puisqu’il existe ce que l’on
appelle aujourd’hui – mais on ne trouve pas ce terme, à ma
connaissance, chez Georgescu-Roegen - « l’effet rebond ».
Il s’agit de l’idée selon laquelle les économies permises
par les innovations nous incitent à accroître notre consommation.
Par exemple, nous avons tendance à remplacer une ampoule traditionnelle
par une ampoule basse consommation de puissance supérieure.
Croissance, Développement Durable, Etat Stationnaire et Décroissance.
Georgescu-Roegen, qui selon Jacques Grinevald se revendique comme l’unique
héritier de la pensée schumpétérienne , nous rappelle
que croissance et développement sont de nature bien différente.
Il écrit : « Il n'y a croissance que lorsqu’augmente la production
par habitant des types de biens courants, ce qui implique naturellement aussi
un épuisement croissant des ressources également accessibles.
Le développement signifie l'introduction de n'importe laquelle des innovations
», page 84. Jacques Grinevald résume : « la croissance c’est
produire plus, le développement c’est produire autrement »
Puis, à la page suivante, on trouve ces deux phrases, d’une richesse
à mon sens exceptionnelle : « C'est en raison des instincts d'artisanat
et de curiosité gratuite de l'homme décrits par Veblen qu'une
innovation en suscite une autre - ce qui constitue le développement.
Étant donné aussi la fascination de l'homme pour le confort et
les gadgets, toute innovation conduit à la croissance ». On trouve
dans la première une explication des fameuses « grappes d’innovations
» schumpétériennes. La seconde explique de façon
limpide en quoi l’effet rebond permet de passer du développement
à la croissance. Cela plaide également en faveur de l’idée
selon laquelle l’amélioration de la productivité ne nuit
pas à l’emploi.
D’autre part, Nicholas Georgescu-Roegen ne croit pas au Développement
Durable, qu’il qualifie « charmante berceuse » .
Le cadre logique ainsi défini, l’auteur s’intéresse
aux arguments qui plaident en faveur de l’état stationnaire. Il
convient de resituer l’écriture du livre dans son contexte. Les
années 1970 sont marquées par une effervescence des idées
dans ce domaine (ou plutôt la résurgence des idées de J.S
Mill), avec en particulier toutes les réflexions sur la crise énergétique,
ainsi que la publication du fameux Rapport Meadows, en 1972.
L’étude de ce rapport est pour Georgescu-Roegen l’occasion
de montrer sa dissidence avec la « corporation » des économistes.
Avant d’expliquer en quoi l’état stationnaire est impossible,
il s’intéresse aux critiques émises par les économistes
atteints par la growthmania, et conclue : « Quoi qu'il en soit, la science
économique dominante ne se remettra qu'avec difficulté du spectacle
qu'elle a donné de ses propres fai¬blesses dans ses efforts d'autodéfense.
», page 88
Pour autant, Georgescu-Roegen ne défend pas les conclusions du Rapport
Meadows. Pour lui, l’état stationnaire n’est pas une solution,
et est de toute façon irréalisable. Il explique que, l’accessibilité
des ressources naturelles allant décroissante, il faudrait, pour que
l’on reste à l’état stable toutes choses égales
par ailleurs, que la technologie s’améliore chaque année
de juste ce qu’il faut pour compenser cette baisse de l’accessibilité
des ressources. « Pendant un certain temps, un monde stationnaire peut
rester synchronisé avec un environ¬nement changeant grâce à
un système de régulations équilibrantes analogues à
celles d'un organisme vivant pendant telle ou telle phase de sa vie. Mais, comme
Bormann nous le rappelait le miracle ne peut durer éternellement; tôt
ou tard, le système de régulation s'effondrera. », page
92
D’autre part, l’état stationnaire n’est pas forcément
souhaitable. Les économistes ne souffriraient pas seulement de la growthmania
mais également de la manie de raisonner uniquement à la marge.
La production conduit de toutes façons à la réduction de
stock de basse entropie et donc à la fin de l’espèce humaine
. La croissance ne fait en fait qu’accélérer le processus.
Dans ces conditions, l’homme, pour survivre jusqu’à la fin
des temps (en fait jusqu’à l’extinction du soleil) devrait
renoncer à son évolution exosomatique et retourner au temps de
la cueillette. «L'erreur cruciale consiste à ne pas voir que non
seulement la croissance, mais même un état de crois¬sance zéro,
voire un état décroissant qui ne tendrait pas à l'annihilation,
ne saurait durer éternellement dans un environnement fini » (page
90).
Il s’agit là d’une perspective bien peu réjouissante,
et pour passer de cette analyse positive à l’analyse normative,
il va falloir faire des concessions, et employer une sémantique susceptible
de séduire les individus avides de confort que nous sommes.
La Décroissance conviviale
Georgescu-Roegen écrit : «Bien sot serait celui qui proposerait
de renoncer totalement au confort industriel de l'évolution exosomatique.
L'humanité ne retournera pas dans les cavernes, ou plutôt sur les
arbres! Il n'en reste pas moins que certains points pourraient être inclus
dans un programme bioéconomique minimal. », page 109. En voici,
de manière très succincte, les principaux points :
1) Arrêter la guerre et la production d’armes
2) « Aider les nations sous-développées à parvenir
aussi vite que possible à une existence digne d'être vécue,
mais non point luxueuse. ».
3) « L’humanité devrait diminuer progressivement sa population
jusqu'à un niveau où une agriculture organique suffirait à
la nourrir convenablement ». On peut ici se permettre de penser que le
terme « organique » est une mauvaise traduction, puisque «
organic agriculture » signifie en fait « agriculture biologique
».
4) « Eviter soigneusement et si nécessaire, de réglementer
strictement tout gaspillage d'énergie »
5) « Nous devons nous guérir nous-mêmes de notre soif morbide
de gadgets extravagants »
6) « Nous devons aussi nous débarrasser de la mode »
7) La durabilité des produits doit être améliorée
par les industriels, et nous ne devons pas jeter de produits tant qu’ils
sont encore utilisables ou réparables.
8) Il faut stopper la fuite en avant technologique
Le principal frein à la mise en place d’un tel programme réside
dans la nature humaine : « l'humanité voudra-t-elle prêter
attention à un quelconque programme impliquant des entraves à
son attachement au confort exosomatique ? Peut-être le destin de l'homme
est-il d'avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante,
plutôt qu'une existence longue, végétative et monotone »,
page 111
Georgescu-Roegen a exposé de manière plus formelle cette asymétrie
entre présent et futur, à travers le modèle d’enchère.
En effet, les générations futures ne pouvant participer à
l’enchère sur les ressources naturelles, elles sont exclues du
marché et les générations présentes surconsomment
les ressources, par rapport à ce que serait leur dotation intergénérationnelle
optimale.
La science économique subit d’ailleurs le même travers :
« Son objet […] est l'administration des ressources rares ; mais,
pour être plus exact, nous devrions ajouter que cette administration ne
concerne qu'une seule généra¬tion »
En guise de conclusion
De nombreux auteurs ont poursuivi l’œuvre de Georgescu-Roegen. En
France, on connaît surtout Serge Latouche, professeur émérite
d’économie à Paris Sud. Après avoir publié
« Contre la Croissance » (La Monde Diplomatique, Novembre 2003)
dans lequel il présente la problématique, il rentre plus dans
les détails dans un récent article, « Eco-faschisme ou Eco
démocratie » (Le Monde Diplomatique, Novembre 2005) . Deux points
essentiels peuvent être évoqués.
D’abord, la politique bioéconomique doit être fondée
sur l’internalisation des externalités négatives. Il faudrait
par exemple fortement pénaliser les dépenses de publicité.
Une autre réflexion très intéressante concerne l’échelle
à laquelle de telles politiques doivent être mises en œuvre.
Pour Serge Latouche, l’écofascisme, qui voudrait que les politiques
bioéconomiques soient imposées par le haut, n’est pas une
bonne solution. Il conviendrait au contraire de respecter l’adage «
think global, but act local ». Les territoires d’intervention seraient
alors les régions. Certains auteurs estiment même qu’il faudrait
constituer des entités d’environ 30000 habitants, ce qui est selon
eux le seuil d’autosuffisance.
Il conviendrait également de présenter les thèses de Mauro
Bonaïuti . Nous ne pouvons ici expliquer en détail sa pensée,
mais très simplement nous pouvons dire qu’il plaide pour la comptabilisation
des « biens relationnels » dans la richesse, et que par un changement
de la fonction d’utilité des individus, il est possible de faire
décroître la production matérielle sans pour autant nuire
au bien-être des individus.
Quoi que l’on pense des thèses développées dans ce
livre, c’est un ouvrage passionnant. Et, au final, le lecteur souhaitant
imprimer ces pages sera sans doute convaincu qu’il doit le faire recto
verso…