François LAFOND
2005

La Décroissance
Entropie – Ecologie - Economie

Synthèse de l’ouvrage de
Nicholas Georgescu-Roegen, 1979

L’édition

Edition électronique 2004 , 221 pages, réalisée par Mme Gemma PAQUET, bénévole, professeure à la retraite du Cégep de Chicoutimi à partir de la deuxième édition française (première édition aux Editions Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1979), parue aux Editions du Sang de la Terre, Paris, 1995.
Cette édition électronique est gratuite, mais comporte quelques fautes de frappes.
A noter qu’il ne s’agit pas d’un livre écrit en une fois, mais d’un recueil de textes, présenté dans un ordre de difficulté croissante, ce qui en fait à la fois un ouvrage grand public, accessible à tous (le vocabulaire y est bien expliqué), et un ouvrage technique, très formalisé à certains passages, qui satisfera les scientifiques.
Les Traducteurs
Jacques Grinevald est philosophe, enseignant à l’Université de Genève, à l’Institut Universitaire d’études du Développement, et à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.
Ivo Rens est professeur d’Histoire des doctrines politiques à la faculté de droit de l’Université de Genève, et rédacteur responsable de la revue Stratégies Energétiques, Biosphère et Société.
L’auteur

Suite à la victoire du Parti Communiste Roumain, il retourne à Harvard et devient professeur américain. Il convient ici de noter que sans cet évènement, Georgescu-Roegen n’aurait peut-être pas émigré aux Etats-Unis. Lorsqu’il y était en tant que boursier de la Fondation Rockefeller, de 1934 à 1936, on rapporte qu’il aurait répondu à Joseph Schumpeter, qui lui avait proposé de poursuivre leur collaboration par un ouvrage co-écrit, que la Roumanie avait plus besoin d’un économiste que Harvard.
Il restera professeur aux Etats-Unis (en particulier à l’Université Vanderbilt de Nashville, Tennessee) jusqu’à sa mort, le 30 Octobre 1994, tout en étant régulièrement invité à l’étranger (notamment à Strasbourg), aussi bien dans des pays développés qu’en développement.
De fait, cet ouvrage nous amène à une réflexion des plus profondes. Précisons donc d’emblée qu’il n’est pas question ici d’en faire l’analyse détaillée. En moins de 200 pages, Georgescu-Roegen définit un nouveau paradigme, et propose de nombreuses analyses, parfois dans un style limpide, d’autres fois avec une terminologie très précise, décrivant des processus très complexes. Jacques Grinevald, le chercheur qui a sans doute le plus travaillé sur Georgescu-Roegen, explique d’ailleurs que de nombreuses interprétations de cet ouvrage sont erronées. Georgescu-Roegen lui-même note à plusieurs reprises dans le livre que certaines de ses pensées ont été mal comprises.
Nous verrons donc simplement les principaux constats que fait Georgescu-Roegen, et les conclusions qu’il en tire. Nous tenterons également de voir s’il existe aujourd’hui une continuation de la pensée de Nicholas Georgescu-Roegen.

De l’épistémologie mécaniste à la Bioéconomie
Les économistes dans leur grande majorité ont de tout temps aspiré au grade de « scientifiques ». Ils voulaient, comme leurs confrères physiciens et biologistes, découvrir les « lois de la nature ». Mais malgré les remises en questions, par Einstein en particulier, de la mécanique newtonienne, la science économique est encore fondée sur l’épistémologie mécaniste (mais notons tout de même ici que l’approche évolutionniste a bien progressée depuis). Tout au long du livre, Georgescu-Roegen s’évertue à nous démontrer les limites de ce paradigme, et propose de lui substituer la Bioéconomie, fondée sur la Thermodynamique, et en particulier la loi de l’entropie.

Dans une logique mécaniste, un système possède deux caractéristiques essentielles.
Tout d’abord, il est clos. Cela signifie que l’on peut représenter l’économie par un cercle, qui relie production et consommation de manière infinie. Or cette description de l’économie, nous dit l’auteur, est erronée car n’y apparaissent pas les inputs du système (les ressources naturelles) et les outputs du système (les déchets).
Cela nous amène à mieux comprendre la seconde caractéristique : Dans l’approche mécaniste, tout est réversible. En effet, si l’on ne distingue pas les déchets des ressources utilisables, il n’est nul besoin de les représenter, et l’on considère alors implicitement que l’on peut utiliser des déchets pour fabriquer un produit, qui lorsqu’il aura terminé sa vie pourra servir de matière première à la fabrication du même produit, et cela sans coût. C’est donc l’équivalent de l’hypothèse implicite de la possibilité de recyclage total, illimité, et gratuit.
L’auteur nous explique au contraire qu’au cours du processus économique, la matière subit une transformation. Certes, « rien ne se perd, rien ne se crée », mais « tout se transforme », comme on le sait depuis Lavoisier, mais, surtout, cette transformation qualitative est irréversible. Georgescu-Roegen écrit « le sort fatal de l'épistémologie mécaniste fut scellé voici plus d'un siècle lorsque la thermodynamique nous contraignit à prendre en considération l'irré¬vocable irréversibilité qui domine le monde physique au niveau macro¬scopique » (page 121).
L’analogie entre système économique et systèmes physiques à travers les lois de la thermodynamique se poursuit avec le concept d’entropie . Ainsi, l’auteur explique que les ressources naturelles sont, par nature, de basse entropie, c’est-à-dire dans un état de la matière qui fait qu’elles sont utilisables. A l’opposé, les déchets sont en état de haute entropie, c’est-à-dire que la désorganisation de la matière est telle qu’elle n’est plus utilisable. Et, effectivement, il est illusoire d’espérer faire fonctionner sa voiture avec ses propres gaz d’échappement.
Au final, le nouveau cadre d’analyse ainsi défini peut être qualifié de Bioéconomie. Une fois n’est pas coutume, Jacques Grinevald a résumé – dans la préface du livre - de manière explicite la pensée de Georgescu-Roegen. Le terme de Bioéconomie « correspond ici à l'idée que le processus économique possède des racines biologiques et à la perspective d'une intégration du processus économique dans la problématique de l'évolution et du fonctionnement de la Biosphère ». En d’autres termes, « elle relie le métabolisme industriel de la société humaine à la biogéochimie de notre planète » .
Somme toute, cette dégradation entropique étant irréversible, et le stock de basse entropie étant limité, nous devrions prendre garde à son épuisement. D’autre part, l’accumulation de haute entropie présente également des risques.
Le problème des inputs et le problème des outputs
Il existe en fait deux grandes familles de sources de basse entropie.
La première est constituée par le stock de ressources naturelles minérales, dont on doit noter qu’elles sont, en l’absence d’innovations technologiques, de moins en moins accessibles au fur et à mesure de leur extraction. Ce stock est par définition épuisable
La seconde source de basse entropie est, au contraire, absolument intarissable – à l’échelle temporelle de l’humanité – puisqu’il s’agit du flux solaire. Il se matérialise à travers, bien sûr, la chaleur qu’il nous apporte directement, mais aussi par le biais des végétaux, qui en captant cette énergie, permettent à l’homme de ponctionner son environnement sans compromettre la survie de son espèce – du moins en retardant son extinction puisque dans tous les cas il y a un phénomène naturel de dégradation entropique , par exemple l’usure, l’homme ne faisant en fait que l’aggraver de façon très significative - . On pourrait rajouter dans cette catégorie les énergies éoliennes, marémotrice, etc. Notons également, comme le fait l’auteur, que ces sources sont énormes. La Tribune titrait d’ailleurs le 9 Novembre dernier : « La biomasse, un trésor énergétique en jachère ».
Outre leur différence en terme d’épuisabilité, ces deux sources ne nous donne pas accès à une même qualité de basse entropie. Ainsi le flux solaire pur est difficile à transformer en quelque chose de directement utilisable car il se présente sous une forme très peu concentrée et donc longue et difficile à capter, au contraire de la matière minérale ou végétale.
Georgescu-Roegen nous propose également quelques analyses très pointues du problème des déchets. Par un diagramme de flux/fond représentant le processus économique, il distingue deux types d’output (autres que le « flux immatériel de joie de vivre ») : La matière dissipée et les rejordures . Seules ces rejordures (« vieux journaux, automobiles et vêtements usés » page 131) sont recyclables. Et encore, pas totalement, et surtout ce n’est pas gratuit. Pour transformer de la haute entropie en basse entropie, il faut utiliser de la basse entropie.
D’autre part, la « capacité de charge » de la planète Terre n’est pas infinie, ce qui signifie qu’on ne peut accumuler indéfiniment des déchets. Cette idée est aujourd’hui largement admise, comme en témoigne la campagne publique de sensibilisation « réduisons nos déchets. Vite, ça déborde ! ».
Enfin, l’auteur explique également qu’il est impossible de dresser des écobilans énergétiques corrects, car ils sont interdépendants les uns des autres, et ce serait donc un système avec autant d’équations que de produits qu’il faudrait résoudre.
Le mirage du salut technologique
Georgescu-Roegen écrit : « Avec des savants prêchant que la science peut éliminer toutes les limitations pesant sur l'homme et avec des économistes leur emboîtant le pas en ne reliant pas l'analyse du processus économique aux limitations de l'environnement matériel de l'homme, il ne faut pas s'étonner si nul n'a réalisé que nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles ou des avions à réaction « meilleurs et plus grands » sans produire aussi des déchets « meilleurs et plus grands ».
La solution la plus simple au problème de la dégradation entropique serait la découverte d’une technologie permettant sa réversibilité de manière totale et gratuite. Dans le même esprit, une autre solution serait de découvrir le mouvement perpétuel.
Dans une moindre mesure, l’invention d’un instrument nous permettant de disposer sans contrainte du flux de basse entropie solaire nous donnerait la possibilité de diminuer notre consommation de basse entropie d’origine minérale de telle sorte que le stock disponible ne décroisse que lentement, suffisamment lentement pour que les générations futures y accèdent à peu près aussi facilement que nous.
Pourtant, le salut par la technoscience est donc en trompe-l’œil, pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, bien que E=MC², on ne peut pas toujours transformer l’énergie en matière, ou plus précisément certaines matières que nous consommons ne peuvent provenir que du stock de ressources naturelles minérales.
D’autre part, il est dangereux de s’en remettre à la science pour nous sortir de l’impasse, car les avancées de celles-ci sont aléatoires. On ne peut pas savoir si, même en investissant de lourdes sommes, les physiciens inventeront un jour le moyen de disposer de basse entropie de manière illimitée. Georgescu-Roegen explique que depuis que l’homme existe, il n’a réalisée que deux innovations majeures : la feu et la machine à vapeur, Prométhée I et II. Et, pour lui, « personne ne peut être sûr que Prométhée III arrivera ».

Cela nous amène à une réflexion très profonde sur la nature de la science. Si la fuite en avant est de nature stochastique, elle est extrêmement dangereuse pour la survie de notre espèce. « Les progrès technologiques trop vantés et vendus à notre époque ne de¬vraient pas nous aveugler. Du point de vue de l'économie des ressources terrestres - base du mode de vie industriel de l'humanité - la plupart des inno¬vations représentent un gaspillage de basse entropie. », page 133.
Il y a ici deux éléments importants. D’une part les innovations ne seraient pas toujours, ceteris paribus, rentables en termes de basse entropie, c’est-à-dire que les économies de basse entropie qu’elles permettent de réaliser sont inférieures à la quantité de basse entropie qu’il a fallu mettre en œuvre pour produire ces innovations. De plus, le raisonnement « toutes choses égales par ailleurs » nous induit en erreur, puisqu’il existe ce que l’on appelle aujourd’hui – mais on ne trouve pas ce terme, à ma connaissance, chez Georgescu-Roegen - « l’effet rebond ». Il s’agit de l’idée selon laquelle les économies permises par les innovations nous incitent à accroître notre consommation. Par exemple, nous avons tendance à remplacer une ampoule traditionnelle par une ampoule basse consommation de puissance supérieure.
Croissance, Développement Durable, Etat Stationnaire et Décroissance.
Georgescu-Roegen, qui selon Jacques Grinevald se revendique comme l’unique héritier de la pensée schumpétérienne , nous rappelle que croissance et développement sont de nature bien différente. Il écrit : « Il n'y a croissance que lorsqu’augmente la production par habitant des types de biens courants, ce qui implique naturellement aussi un épuisement croissant des ressources également accessibles. Le développement signifie l'introduction de n'importe laquelle des innovations », page 84. Jacques Grinevald résume : « la croissance c’est produire plus, le développement c’est produire autrement »
Puis, à la page suivante, on trouve ces deux phrases, d’une richesse à mon sens exceptionnelle : « C'est en raison des instincts d'artisanat et de curiosité gratuite de l'homme décrits par Veblen qu'une innovation en suscite une autre - ce qui constitue le développement. Étant donné aussi la fascination de l'homme pour le confort et les gadgets, toute innovation conduit à la croissance ». On trouve dans la première une explication des fameuses « grappes d’innovations » schumpétériennes. La seconde explique de façon limpide en quoi l’effet rebond permet de passer du développement à la croissance. Cela plaide également en faveur de l’idée selon laquelle l’amélioration de la productivité ne nuit pas à l’emploi.
D’autre part, Nicholas Georgescu-Roegen ne croit pas au Développement Durable, qu’il qualifie « charmante berceuse » .
Le cadre logique ainsi défini, l’auteur s’intéresse aux arguments qui plaident en faveur de l’état stationnaire. Il convient de resituer l’écriture du livre dans son contexte. Les années 1970 sont marquées par une effervescence des idées dans ce domaine (ou plutôt la résurgence des idées de J.S Mill), avec en particulier toutes les réflexions sur la crise énergétique, ainsi que la publication du fameux Rapport Meadows, en 1972.
L’étude de ce rapport est pour Georgescu-Roegen l’occasion de montrer sa dissidence avec la « corporation » des économistes. Avant d’expliquer en quoi l’état stationnaire est impossible, il s’intéresse aux critiques émises par les économistes atteints par la growthmania, et conclue : « Quoi qu'il en soit, la science économique dominante ne se remettra qu'avec difficulté du spectacle qu'elle a donné de ses propres fai¬blesses dans ses efforts d'autodéfense. », page 88
Pour autant, Georgescu-Roegen ne défend pas les conclusions du Rapport Meadows. Pour lui, l’état stationnaire n’est pas une solution, et est de toute façon irréalisable. Il explique que, l’accessibilité des ressources naturelles allant décroissante, il faudrait, pour que l’on reste à l’état stable toutes choses égales par ailleurs, que la technologie s’améliore chaque année de juste ce qu’il faut pour compenser cette baisse de l’accessibilité des ressources. « Pendant un certain temps, un monde stationnaire peut rester synchronisé avec un environ¬nement changeant grâce à un système de régulations équilibrantes analogues à celles d'un organisme vivant pendant telle ou telle phase de sa vie. Mais, comme Bormann nous le rappelait le miracle ne peut durer éternellement; tôt ou tard, le système de régulation s'effondrera. », page 92
D’autre part, l’état stationnaire n’est pas forcément souhaitable. Les économistes ne souffriraient pas seulement de la growthmania mais également de la manie de raisonner uniquement à la marge. La production conduit de toutes façons à la réduction de stock de basse entropie et donc à la fin de l’espèce humaine . La croissance ne fait en fait qu’accélérer le processus.
Dans ces conditions, l’homme, pour survivre jusqu’à la fin des temps (en fait jusqu’à l’extinction du soleil) devrait renoncer à son évolution exosomatique et retourner au temps de la cueillette. «L'erreur cruciale consiste à ne pas voir que non seulement la croissance, mais même un état de crois¬sance zéro, voire un état décroissant qui ne tendrait pas à l'annihilation, ne saurait durer éternellement dans un environnement fini » (page 90).
Il s’agit là d’une perspective bien peu réjouissante, et pour passer de cette analyse positive à l’analyse normative, il va falloir faire des concessions, et employer une sémantique susceptible de séduire les individus avides de confort que nous sommes.
La Décroissance conviviale
Georgescu-Roegen écrit : «Bien sot serait celui qui proposerait de renoncer totalement au confort industriel de l'évolution exosomatique. L'humanité ne retournera pas dans les cavernes, ou plutôt sur les arbres! Il n'en reste pas moins que certains points pourraient être inclus dans un programme bioéconomique minimal. », page 109. En voici, de manière très succincte, les principaux points :
1) Arrêter la guerre et la production d’armes
2) « Aider les nations sous-développées à parvenir aussi vite que possible à une existence digne d'être vécue, mais non point luxueuse. ».
3) « L’humanité devrait diminuer progressivement sa population jusqu'à un niveau où une agriculture organique suffirait à la nourrir convenablement ». On peut ici se permettre de penser que le terme « organique » est une mauvaise traduction, puisque « organic agriculture » signifie en fait « agriculture biologique ».
4) « Eviter soigneusement et si nécessaire, de réglementer strictement tout gaspillage d'énergie »
5) « Nous devons nous guérir nous-mêmes de notre soif morbide de gadgets extravagants »
6) « Nous devons aussi nous débarrasser de la mode »
7) La durabilité des produits doit être améliorée par les industriels, et nous ne devons pas jeter de produits tant qu’ils sont encore utilisables ou réparables.
8) Il faut stopper la fuite en avant technologique
Le principal frein à la mise en place d’un tel programme réside dans la nature humaine : « l'humanité voudra-t-elle prêter attention à un quelconque programme impliquant des entraves à son attachement au confort exosomatique ? Peut-être le destin de l'homme est-il d'avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu'une existence longue, végétative et monotone », page 111
Georgescu-Roegen a exposé de manière plus formelle cette asymétrie entre présent et futur, à travers le modèle d’enchère. En effet, les générations futures ne pouvant participer à l’enchère sur les ressources naturelles, elles sont exclues du marché et les générations présentes surconsomment les ressources, par rapport à ce que serait leur dotation intergénérationnelle optimale.
La science économique subit d’ailleurs le même travers : « Son objet […] est l'administration des ressources rares ; mais, pour être plus exact, nous devrions ajouter que cette administration ne concerne qu'une seule généra¬tion »
En guise de conclusion
De nombreux auteurs ont poursuivi l’œuvre de Georgescu-Roegen. En France, on connaît surtout Serge Latouche, professeur émérite d’économie à Paris Sud. Après avoir publié « Contre la Croissance » (La Monde Diplomatique, Novembre 2003) dans lequel il présente la problématique, il rentre plus dans les détails dans un récent article, « Eco-faschisme ou Eco démocratie » (Le Monde Diplomatique, Novembre 2005) . Deux points essentiels peuvent être évoqués.
D’abord, la politique bioéconomique doit être fondée sur l’internalisation des externalités négatives. Il faudrait par exemple fortement pénaliser les dépenses de publicité.
Une autre réflexion très intéressante concerne l’échelle à laquelle de telles politiques doivent être mises en œuvre. Pour Serge Latouche, l’écofascisme, qui voudrait que les politiques bioéconomiques soient imposées par le haut, n’est pas une bonne solution. Il conviendrait au contraire de respecter l’adage « think global, but act local ». Les territoires d’intervention seraient alors les régions. Certains auteurs estiment même qu’il faudrait constituer des entités d’environ 30000 habitants, ce qui est selon eux le seuil d’autosuffisance.
Il conviendrait également de présenter les thèses de Mauro Bonaïuti . Nous ne pouvons ici expliquer en détail sa pensée, mais très simplement nous pouvons dire qu’il plaide pour la comptabilisation des « biens relationnels » dans la richesse, et que par un changement de la fonction d’utilité des individus, il est possible de faire décroître la production matérielle sans pour autant nuire au bien-être des individus.
Quoi que l’on pense des thèses développées dans ce livre, c’est un ouvrage passionnant. Et, au final, le lecteur souhaitant imprimer ces pages sera sans doute convaincu qu’il doit le faire recto verso…